Comment observer l’effectivité des droits culturels ?

La Plateforme d’observation des droits culturels de Culture & Démocratie a développé un outil de communication du rapport final de la recherche participative menée avec les Centres culturels entre 2019 et 2021. Ce rapport a été rédigé à l’issue de ces trois premières années de recherche de la Plateforme sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La version synthétique est disponible sur cette page du blog.

Cet outil a pour objectif de rendre accessible la recherche menée par la Plateforme. Il expose les points essentiels du rapport de façon lisible par un travail graphique favorisant l’appropriation de la recherche.

Pour obtenir la version imprimée ou si vous avez des questions, vous pouvez contacter thibault@cultureetdemocratie.be.

La version numérique est disponible via le lien ci-dessous.


Notez que les textes de cet outil sont publiés sous licence Creative Commons.

20/10/22 – Cultiver les droits culturels – journée #3

Cultiver les droits culturels – Expérimenter Paideia*

Les droits culturels: des droits humains fondamentaux consacrés dans différents textes internationaux, portés par une vision de la culture qui cherche à garantir aux personnes de pouvoir cultiver et partager ce qui donne sens à leur existence et à leur développement.

Mais que sont ces droits concrètement ? Comment les reconnaître, les traduire, les faire vivre dans nos pratiques quotidiennes ? Comment en parler autour de nous? Comment se nourrir les un·e·s les autres et faire réseau ensemble ?

C’est autour de ces questions que nous travaillerons lors des rencontres du cycle « Cultiver les droits culturels », guidé·es par la démarche Paideia*.

Une initiative de l’ASTRAC et de la Plateforme d’observation des droits culturels de Culture & Démocratie, accompagnée par Réseau Culture 21.


Journée 3 : 20/10/2022

Un troisième temps de rencontre et d’échange,
de découverte et d’approfondissement
pour (mieux) s’emparer de notions fondamentales
travailler leur mise en pratiques,
partager l’univers qu’elles représentent.


Programme de la rencontre

Le programme qui suit sera affiné et complété dans le courant des jours qui suivent; il peut subir des modifications légères, notamment au niveau de l’horaire.
En fonction du nombre d’inscrit·e·s, les ateliers pourront être dédoublés.

  • 9h00: Accueil, café/thé
  • 9h30 – 12h30: Introduction et travail en ateliers
    • ATELIER 1: « À la découverte des droits culturels »
      Une mise en jeu et en mouvement des notions clé du référentiel – pour les « novices » du cycle.
    • ATELIER 2: « Parler des droits culturels en ses propres mots »
      Des mises en situation pour aller plus loin dans sa maîtrise des droits – pour les personnes qui ont participé aux rencontres précédentes.
  • 12h30: Pause repas
  • 13h30-16h30: Travail en ateliers
    • ATELIER 3: « Analyser ses pratiques au regard des droits culturels »
      Un exercice d’analyse collective d’une action, basée sur l’écoute active.
    • ATELIER 4: « Les droits culturels, pour une meilleure prise en compte des spécificités d’une action? »
      Un forum ouvert nourri des questions apportées par les participant·e·s pour échanger autour d’une thématique et/ou entre actrices et acteurs impliquées dans des actions semblables
  • 16h30: Conclusions et clôture de la journée

Infos pratiques
  • Pour qui ? Pour chaque acteur·ice de terrain intéressé·e. Pour les professionnel·les de la culture, de l’éducation permanente, de l’action sociale… et leurs complices.
  • Quand ? Le jeudi 20 octobre 2022, de 9h30 (accueil dès 9h) à 17h
  • Où ? Au Centre culturel d’Ottignies-Louvian-la-Neuve, avenue des Combattants 41 à 1340 Ottignies
  • Participation financière :
    Avec sandwich: 25 euros par personne
    Sans sandwich: 20 euros par personne
    À payer sur le compte de Culture & Démocratie (IBAN: BE65 5230 8036 6696 – BIC: TRIOBEBB) avec la communication « Cultiver les droits culturels 20/10 – inscription + NOM et Prénom »
  • Inscriptions à l’aide du formulaire pour le 10 octobre au plus tard.
    Attention: Pour garantir la qualité des échanges, le nombre de participant·e·s est limité à 100 personnes.
  • Il n’est pas indispensable d’avoir participé aux autres rencontres du cycle ni de participer à sa suite.

* La démarche Paideia du Réseau Culture 21 (France) propose depuis 2012 un accompagnement pour analyser et faire évoluer les pratiques professionnelles des acteurs publics et associatifs au regard des droits culturels tels qu’ils sont explicités dans la Déclaration de Fribourg (2007).

SYNTHÈSE DU RAPPORT FINAL DE RECHERCHE 2019-2021

L’aube d’une journée de formation aux droits culturels avec Paideia en 2021

Cette synthèse reprend les points essentiels du rapport final de recherche menée par la Plateforme d’Observation des Droits Culturels. Ce rapport a été rédigé et soumis auprès des instances évaluatrices des missions de la plateforme et à l’issue des trois ans de convention suivant la création de la plateforme. Après présentation de cette dernière, sont explicités le contexte de la recherche, la méthodologie ainsi que le matériel de recherche. A partir de cela, la synthèse développe davantage les analyses et les problématisations pour en tirer des remarques quant à l’appréhension des droits culturels et à l’observation de leur effectivité, en même temps que des aspects plus transversaux de la recherche sont soulignés. Des enregistrements audio des tables-rondes de la journée « Parlez-vous droits culturels? » du 13 décembre 2021 viennent compléter ces points transversaux. Enfin, la synthèse se clôture sur une conclusion en 10 points présentée lors de cette même journée du 13 décembre par Luc Carton, philosophe et membre du comité de pilotage de la plateforme.

  1. Contexte de la recherche :
  2. Méthodologie :
  3. Matériel de la recherche
  4. Problématisation et analyse :
    1. Appréhension des Droits Culturels
    2. Observation de l’effectivité des Droits Culturels
    3. Questions transversales
  5. Conclusions et perspectives Par Luc Carton

Dans sa philosophie, la plateforme met en place un espace interdisciplinaire et ouvert à tous·tes. Elle est pensée comme un lieu de partage des énergies et de l’information relatives aux droits culturels. En pratique, la plateforme mène une recherche sur l’observation et la problématisation de l’exercice des droits culturels, en ce sens, elle s’interroge sur l’effectivité des droits culturels. Dans ce cadre, l’objectif de ce rapport final est de poser un premier jalon en vue de débroussailler la question de l’observation de l’exercice des droits culturels. Cette étape ouvre des pistes d’actions afin de poursuivre cet enjeu de recherche.

La plateforme d’observation des droits culturels voit son territoire d’enquête s’étendre sur la fédération Wallonie-Bruxelles. Elle est pilotée par l’association Culture&Démocratie dans le cadre d’une convention de trois ans (2019-2021) et pour laquelle Morgane Degrijse a été chargée de projets. Cette convention se voit à présent renouvelée pour les quatre prochaines années et Thibault Galland a été récemment embauché pour succéder à la précédente chargée de projets. Au cours de ces quatre prochaines années, deux objectifs majeurs sont visés :

a) pour la première partie de la convention (2022-2023), l’approfondissement de la démarche d’observation des droits culturels avec les centres culturels, avec notamment la réalisation d’une panoplie d’outils, permettant à ceux-ci et à d’autres acteur·ices d’engager un travail concret dans l’observation de leurs pratiques au regard des droits culturels, avec la possibilité de l’adapter à leur propre contexte ;

b) pour la deuxième partie de la convention (2024-2025), l’expérimentation et la généralisation d’un plan de formation à la problématique et à la pratique des droits culturels, ainsi que l’extension du travail mené auprès des centres culturels vers le secteur de l’Éducation permanente.

Contexte de la recherche :

La plateforme d’observation des droits culturels (à présent dénommée « PODC ») a évolué en constellation à travers différents réseaux :

  • Globalement, le travail de la PODC s’inscrit dans un mouvement plus large d’intérêt pour les droits culturels et vise à la construction d’une culture commune pour permettre une meilleure appréhension des concepts. Ceci s’inscrit dans la ligne d’un réseau de chercheur·ses, universitaires ou non, tel·les que Céline Romainville (ULB/FUSL), Basil Gomes (FUSL) ainsi que Roland De Bodt (OPC).
  • A un niveau local, la plateforme tend à s’intégrer dans le réseau sectoriel des centres culturels (à présent dénommés « CC ») via une recherche participative et par des liens tissés avec les fédérations sectorielles, telles que l’ASTRAC, l’ACC et la Concertation, ainsi que d’autres partenaires en éducation permanente, telle l’association Marcel Hicter.
  • A un niveau international, la participation de Morgane Degrijse à la formation-action française Paideia organisée par le Réseau Culture 21 lui a permis de se familiariser avec cette méthode d’analyse de pratiques professionnelles au regard des droits culturels. Une collaboration s’est établie avec l’Observatoire de la Diversité et des droits culturels de Fribourg via la présence du vice-président Luc Carton au sein du comité de pilotage.

Cette constellation a permis à la plateforme de réaliser une série d’actions et de productions : l’organisation de journées de rencontre (« faire vivre les droits culturels » en 2019 ; « parlez-vous droits culturels ? » en 2021), une présence en ligne par le biais de ce blog, des publications autour de la recherche participative avec les CC, etc. A noter que la crise sanitaire et les mesures gouvernementales prises pour lutter contre la pandémie ont largement impacté la recherche. Pour autant, le choix de réaliser les entretiens uniquement en personne a été maintenu par le comité de pilotage pour assurer une certaine qualité des échanges.

En ce qui concerne l’objet de recherche, l’état de l’art est un enjeu en soi puisque la plateforme vise à rassembler un corpus de sources législatives internationales telles que la Déclaration universelle des Droits de l’homme, de publications notamment liées à la Déclaration de Fribourg et les travaux de Céline Romainville. La recherche s’établit en co-construction avec des CC soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le choix de ce terrain tient à ce que les CC jouent un rôle précurseur dans la mobilisation des droits culturels (à présent dénommés « DC ») étant donné le décret du 21 novembre 2013 qui les amène à repenser leur action au regard de ce référentiel. L’intérêt d’une pareille recherche est d’avancer vers une meilleure compréhension du concept de droits culturels. Ainsi, par le biais des observations, la recherche contribue à la création et le développement d’une « culture commune » des droits culturels en Fédération Wallonie-Bruxelles. Qui plus est, la démarche de recherche participative permet aux CC impliqués de mener une réflexion critique sur leurs pratiques et de mieux évaluer les impacts sur leur action.

Les objectifs de cette recherche ont évolué pour être réalisables, de sorte que le but a progressivement été fixé d’avancer vers l’élaboration collective d’une ou plusieurs méthodologie(s) d’observation de l’effectivité des droits culturels, applicable dans des contextes différents, en partant d’expériences concrètes de terrain. Un premier pas dans cette direction fut de problématiser l’observation pour mettre la théorie des droits culturels à l’épreuve du réel et ce, en partant de l’expertise empirique des CC quant à leur territoire d’action.

Dans cette optique, la question principale de recherche « Comment observer l’exercice des droits culturels ? » est déclinée e deux sous-questions interdépendantes :

1. Comment observer l’exercice des droits culturels par des personnes et des collectivités ? ; 2. Comment observer l’action des CC pour rendre cet exercice plus effectif ?

Autrement dit, il s’agit d’interroger à la fois les manières dont les CC se sont appropriés la référence aux droits culturels au niveau de leurs réflexions et analyses en réponse aux réalités de leur environnement et les manières dont ils se sont appropriés les droits culturels au niveau de leur action. L’ensemble de ces questions fixe un cadre de réflexion globale lors des entretiens approfondis avec les CC et a servi de base à l’élaboration de guides d’entretien.

Méthodologie :

La recherche procède donc d’une démarche empirique d’observation (indirecte) co-construite par des entretiens approfondis avec des CC et à partir des études de cas participatives. En pratique, trois séries d’entretiens semi-directifs à réponses libres ont été menés.

Cette méthodologie présente plusieurs avantages : celui de brasser une multitude de sujets et dépasser les réponses « toutes faites » ; celui de passer par l’échange oral et spontané plutôt que se cantonner au discours écrit ; à travers la co-construction, celui de faire dialoguer expertise et connaissance empirique avec des analyses plus théoriques. En somme, il ne s’agit pas d’observer directement le terrain de l’action mais bien les manières dont les CC observent eux-mêmes leur terrain et leur pratique, il s’agit d’observer l’observation qu’ils ont de leur action.

A noter que cette approche des droits culturels à partir des pratiques professionnelles est directement inspirée par la démarche proposée par Paideia. A la différence que le matériau de la recherche s’ancre plus dans l’expression orale et son référentiel est élargi au-delà la Déclaration de Fribourg avec les travaux de Céline Romainville ainsi que le décret de 2013. Du reste, la conception des droits culturels n’est pas fixée a priori mais se co-construit et se précise bel et bien au fil des recherches entreprises. Un enjeu plus prospectif et transversal à cet égard sera d’élucider les dimensions culturelles propres autres droits humains.

Le choix des partenaires a été guidé par une volonté de diversité entre les CC, que cela soit par rapport à la taille du centre, qu’il soit situé en milieu urbain ou rural, qu’il ait un espace de diffusion ou non, qu’il ait des affinités avec l’éducation permanente ou non. Au départ, huit CC ont participé aux deux premières phases de recherche mais le CC des Roches de Rochefort et le CC de Marchin n’ont pas donné suite à la dernière série d’entretiens par manque de temps et disponibilité pour le premier, ainsi que par changement d’équipe pour le second. Étant donné que le nombre de six CC était celui initialement visé par la recherche, ces abandons n’ont pas porté atteinte à la validité et qualité des données récoltées ni de la recherche dans sa globalité.

L’évaluation de la recherche se passe en plusieurs temps :

  • chaque étape du processus est évaluée en comité de pilotage en vue de réajuster certaines trajectoires de recherche, rebondir face aux imprévus de façon concertée et envisager les suites sur le long terme ;
  • un comité d’accompagnement tient lieu aussi d’instance d’évaluation, plus périodiquement ;
  • l’écriture annuelle des rapports d’activité et du rapport général d’évaluation en 2021 sont des moments d’évaluation plus formels ;
  • une auto-évaluation des deux premières étapes de la recherche participative par rapport aux DC en cours via la rédaction d’analyse de cas selon la méthode Paideia ;
  • une réunion de concertation entre le comité de pilotage de la PODC et les CC partenaires de la recherche participative a eu lieu en automne 2021. Cet échange a permis de mettre en débat les difficultés rencontrées au cours de la recherche et de poser les jalons du 3ème entretien ;
  • la journée « Parlez-vous droits culturels ? » organisée en décembre 2021 a constitué un moment de mise en débat des problématiques dégagées par la recherche, à partir du témoignage concret des CC partenaires, et de retour sur l’ensemble de la démarche ;
  • l’évaluation globale de l’ensemble du projet réalisée en fin de parcours au sein du comité de pilotage. Un comité d’accompagnement s’est réuni en janvier 2022 par l’Administration générale de la Culture pour évaluer la convention.

Matériel de la recherche

La matière première de la recherche est basée sur le contenu des trois série d’entretiens avec les CC, menés entre février 2020 et octobre 2021 et pour un résultat de 22 entretiens au total.

  1. Les huit premiers entretiens posent des balises par rapport à différentes conceptions des DC à l’œuvre dans les CC, les diverses manières de les intégrer dans le travail quotidien et les rapports parfois conflictuels à leur décret 2013.
  2. La deuxième série d’entretiens met ces considérations à l’épreuve du réel à travers l’analyse fine d’un exemple concret d’action qui favorise l’exercice plus intense des DC des populations, avec toutes les difficultés et questions que cela soulève.
  3. La troisième série d’entretiens, utilisant les acquis des entretiens précédents, creuse les différentes manières dont les CC observent ou évaluent l’effectivité des DC au sein de leurs actions, en particulier celle choisie pour l’étude de cas.

Problématisation et analyse :

Les deux premiers entretiens ont été nécessaires pour rentrer de façon incisive dans le vif du sujet. Il a fallu comprendre comment les CC appréhendent les DC, à partir de quels référentiels et comment mettent-ils concrètement leur effectivité en œuvre au sein de leurs actions. Ceci, avant de pouvoir observer en toute connaissance de cause comment ils évaluent cette effectivité, pointent les freins à cette évaluation ainsi que les leviers qui la facilitent.

Appréhension des Droits Culturels

  • A partir de sources multiples (pour la Belgique, travaux de Céline Romainville1 ; ouvrages de C&D2 ; manuels de Majo Hansotte et Christian Boucq3 ; diverses interventions de Luc Carton, Olivier Van Hee et Lucien Barel ; Journées professionnelles de l’ASTRAC, la formation « Approche des droits culturels » proposée par Paul Biot4 ; l’accompagnement personnalisé par le CESEP. Pour l’international, les références ne sont pas en reste, pour ne citer que la Déclaration de Fribourg, les conférences et travaux de Patrice Meyer-Bisch ; les écrits et séminaires du Réseau Culture 21) ;
  • Dans l’ensemble des entretiens, se dégagent pourtant des tendances plusdiversifiées d’appréhension des DC :
    • certains CC semblent les concevoir plutôt globalement comme des leviers de l’autonomisation et de la valorisation des populations (cfr. Article 2 du décret 2013)
    • d’autres CC ciblent l’un ou l’autre DC (cfr. Article 1 : droit accès à la culture, droit de participer à la vie culturelle, droit à la liberté d’expression, etc.)
  • Que ce soit dans les discours ou les actions, les CC semblent avoir intégré les notions de droits d’accès à la vie culturelle (« démocratisation de la culture ») et de participer à la vie culturelle (« démocratie culturelle »). Il s’agit-là des droits les plus connus et faciles à observer, l’approche conceptuelle et concrète des autres droits semble relativement plus floue et moins fluide.
    → une clarification conceptuelle semble nécessaire, sans privilégier un référentiel par rapport à un autre.
  • Pour l’analyse de cas au regard des DC, nombre de CC ont sélectionné une action ciblant des personnes précarisées. Cibler des personnes qui ne jouissent que peu de leurs DC confère davantage de légitimité à l’action. Pourtant les DC sont des droits humains fondamentaux, théoriquement universels. Agir à une meilleure effectivité des DC est-il plus pertinent dans les endroits où leur exercice est le plus minime ?

Observation de l’effectivité des Droits Culturels

Outils d’évaluation globale

  • Utilisation d’outils méthodologiques éprouvés ou développés en interne. Il s’agit avant tout d’outils visuels et d’animation pour ouvrir le dialogue et alimenter l’évaluation globale de l’action avec l’équipe et les partenaires. Ils ne peuvent être utilisés utilement que si certaines données relatives à l’effectivité réelle des DC sont à disposition (données froides, observations directes, évaluations formelles avec participants, témoignages sur le terrain).
  • Limites et difficultés liées à ce type d’évaluation :
    • Ne peut intervenir qu’en fin de parcours, selon des critères à établir a priori
    • La mettre en place sur un court-terme le risque de ne constater que les effets directs de l’action, alors que la progression de l’effectivité des droits culturels se met en place sur un temps plutôt long.
    • L’évaluation de l’effectivité des DC passe nécessairement par l’analyse de données dites « chaudes » (qualitatives et relativement subjectives) issues du terrain. Pour les objectiver au maximum, les CC multiplient les points de vue ainsi que les croisements avec des données plus objectives.
    • Un frein en ce sens peut être le manque d’information pertinente ou une somme de données trop importante qui en dilue le sens, ce qui risque d’en tirer une analyse trop intellectuelle, alors éloignée des réalités du terrain.

Observations directes

Elles sont réalisées sur le terrain par les équipes d’animation, chargé·e·s de projets, partenaires, etc. Elles sont citées comme sources premières permettant de constater une évolution, une stagnation ou un recul dans la mobilisation des DC des populations, à condition d’être en contact répété avec ces dernières sur période relativement étendue dans le temps.

  • La vision à long terme est une condition d’observation de l’effectivité des DC. Il s’agit de constater une progression dans l’exercice des droits, c’est-à-dire un processus en cours et non un résultat final.
  • Ces observations passent par l’« intelligence du regard » des observateur·ices, au sein même de l’action, c’est-à-dire un regard attentif sur ce qu’il·elles sont en train de faire, sur ce qui est en train de se passer, pour y déceler l’expression des DC. S’il y a maîtrise des référentiels, l’observateur·ice en décèlera d’autant plus rapidement les traces. Une part est souvent instinctive, selon la sensibilité et l’expérience de chacun·e.
  • Si les critères d’observation ont été définis dès la conception du projet, cela peut affiner davantage le regard, car l’on sait à quoi il faut faire attention.
  • La systématisation des protocoles d’observation porte le risque de gâcher la spontanéité et le plaisir du moment, tout autant que d’intellectualiser à outrance la pratique et évacuer une part d’intuition et de sensibilité qui sont des facteurs humains, au cœur des missions des CC.
  • Dans la pratique, cela risque de surcharger mentalement les animateur·ices, qui doivent déjà penser à mille et une choses tout en assurant les nombreux aspects logiques
  • Observation sur le terrain ne présenteront jamais qu’un point de vue sur une situation donnée, les CC recommandent de multiplier et croiser les observations issues de différents points de vue, d’avoir des retours extérieurs et le prisme des DC peut être appliqués par après.

Évaluations collectives sur le terrain

Les observations directes ne sont pas suffisantes à l’évaluation de l’effectivité des DC. Il faut qu’elle soit aussi menée plus formellement avec des groupes de participants, et ce, en fin de parcours ou en cours d’action. L’enjeu principal est d’obtenir des retours constructifs et significatifs, qui ne s’arrêtent pas au simple degré de satisfaction envers l’action. A cet égard, il est difficile de poser des questions pertinentes afin d’obtenir des éléments de réponse qui touchent à l’exercice des DC sans trop orienter le propos.

Tous les CC sont conscients de l’importance d’aménager de tels espaces-temps au sein de l’action. Pour autant, faute de temps ou par manque de pertinence, certains rechignent à le faire systématiquement, quand d’autres ne sont tout simplement pas en mesure de le mettre en place. D’autres freins peuvent également contrevenir à ce type d’évaluation, pensons au manque d’intérêt ou de compréhension des participants pour cette démarche ; à une entrave de la liberté de parole par le poids hiérarchique ou le sentiment de manque de légitimité pour oser s’exprimer ; ou bien encore, les limites temporelles de l’action et le refus d’assaillir de questions les participants.

Malgré cela, les CC ont plus d’un tour dans leur sac pour rendre cette étape fondamentale de l’évaluation amusante et constructive. Qu’il s’agisse de multiplier les approches et les formes pour ne pas lasser ; d’introduire de la créativité, du jeu et des éléments de surprise tout en ouvrant des espaces de paroles libres ; d’être ouverts à la critique, à l’écoute des envies, etc.

Récolte de témoignages

La question des traces de l’action est fondamentale. Le type de support doit être envisagé en ce sens (photos, vidéos, notes, témoignages divers, édition, spectacle, concert, exposition, souvenirs et sensations). Ceci, d’autant que ce qui est provoqué intimement en termes d’émotions, de ressentis, ne laisse pas forcément d’empreinte palpable.

Une manière d’accéder à ces données est de récolter des témoignages personnels, en dehors des temps formels d’évaluation collective, dans des moments plus informels et conviviaux. Des dispositifs, éprouvés ou encore à inventer, sont ainsi mis en place par les CC pour récolter des retours plus directs étant donné que les transformations « internes » ne sont pas forcément perceptibles par un·e observateur·ice externe. Pensons à des techniques d’écoute active et d’intelligence collective, de récolte de paroles, de murs de post-it, d’entretiens filmés, de témoignages oraux, d’écrits libres, etc. En ce qui concerne l’animateur·ice, il importe qu’i·e·l soit à l’aise avec le dispositif mis en place, en fonction de sa sensibilité propre et sans trop cadrer les échanges.

A nouveau, il importe de varier les canaux, les approches, les supports et les méthodes afin de s’adapter aux personnes auxquelles on s’adresse ainsi qu’au contexte dans lequel on se situe. Ceci, pour qu’un maximum de gens puisse s’exprimer. Du reste, c’est une chose de susciter la parole des gens, mais c’en est une autre d’en faire quelque chose par la suite, en particulier quelque chose qui puisse être utile à l’évaluation de l’exercice des DC. Ce n’est pas parce que la parole est libérée qu’on y trouvera forcément les réponses qu’on cherche.

Face à ces difficultés, la réponse des CC est encore une fois de s’appuyer sur les savoir-faire de leurs équipes, ainsi qu’à leur capacité de jugement.

Remarques sur la catégorisation

Partir de ce que les populations expriment fait partie de l’ADN des CC. Ces derniers vont à leur rencontre, suscitent leurs paroles dans le cadre de l’analyse partagée. Souvent ces manières de procéder de manière ascendante, au départ de la base citoyen·ne, sont largement intégrées au fonctionnement de l’institution, à l’échelle globale mais également au cœur même des actions.

Selon leurs caractéristiques (histoire, actions principales, localisation géographique ; moyens disponibles qu’ils soient humains, financiers, infrastructurels ; leurs manières de fonctionner, leur expertise, etc.), chaque CC s’empare des observations de l’effectivité des DC à sa manière.

  • Tous effectuent des évaluations globales de leurs actions au regard des DC. Ces évaluations sont couplées à des données froides et sont effectuées idéalement en trois temps (avant, pendant et après). Parfois le temps et les moyens manquent pour mettre ces trois étapes en place de manière efficace et satisfaisante.
  • Certains CC mettent en place systématiquement des évaluations formelles sur le terrain avec les participant·es, qu’il s’agisse d’un retour bref ou plus complet. D’autres jugent ce type d’évaluation parfois étouffant ou superficiel, ils se basent alors sur des paroles plus libres de citoyen·nes, suscitées par des dispositifs au cœur de l’action ou de manière interpersonnelle.

Il ne s’agit pas ici de juger qu’une approche fonctionne mieux que l’autre mais simplement de constater que généralement, ces différents niveaux d’évaluation de l’action au regard des DC coexistent et se nourrissent mutuellement.

Du reste, proposer une recette toute faite à appliquer à tous les CC ne fonctionnerait pas mais quelques pistes évoquées inspireront peut-être de nouvelles manières de faire. Certaines peuvent ainsi être suggérées pour concocter et peaufiner ses propres manières d’observer son action.

Questions transversales

Certaines problématiques qui émergent des dispositifs détaillés en annexe questionnent de manière transversale l’observation de l’exercice des DC, notamment le rapport au langage, le rapport au temps, le rapport au plaisir et le rapport à la responsabilité.

Rapport au langage

Un enregistrement audio de la table-ronde sur le « rapport au langage » lors de la journée « Parlez-vous droits culturels? » du 13 décembre 2021 – y interviennent successivement Morgane Degrijse (anc. coordinatrice PODC), Pascale Pierard (directrice du CC Ourthe et Meuse d’Angleur et Sclessin), Emilie Lavaux (directrice du CC Le 38 de Genappe) sous la modération de Liesbeth Vandersteene (directrice de l’Astrac, Réseau des professionnels en Centres culturels).

Le rapport au langage est central dans l’observation de l’effectivité des DC par les CC. Les termes associés aux DC sont très spécifiques et propres au milieu universitaire. Il n’y a pas un accord sur la définition de ces droits fondamentaux, plusieurs référentiels coexistent sans se contredire ni se confondre. Même le décret de 2013 possède aussi son vocabulaire propre. Maîtriser ces langages sur le bout des doigts ne suffit cependant pas à mener une observation pertinente de l’effectivité des DC.

De la sorte, les CC sont devenus de véritables spécialistes de la traduction des DC. Il leur faut d’abord interpréter ce qui est entendu par DC pour les traduire en actions et opérations concrètes avec la population. Ensuite, les CC doivent évaluer avec les citoyen·nes l’impact des actions, ce qui implique de traduire les objectifs de mobilisation des DC en questions concrètes parlant aux gens. Tous les partenaires s’accordent sur le fait qu’il n’est pas utile ni souhaitable d’aborder directement les DC avec les populations de leur territoire. Mieux vaut préférer une approche à partir du concret, ce qui vaut également pour les équipes et instances des CC. Une fois ces évaluations réalisées, un nouvel exercice de traduction impose le passage au langage administratif lors de la rédaction des rapports d’activités et contrats-programme. Ceci nécessité de jongler avec différents codes langagiers auxquels viennent s’ajouter ceux de l’écrit.

Dans l’ensemble, il s’agit là d’un double, voire d’un triple exercice de traduction, qui pose des questions sur l’accessibilité de ces codes à des personnes non universitaires, la posture d’expert·e de ces codes par rapport à l’évaluation de l’action culturelle, ainsi que sur la déformation possible du sens étant donné la multiplication des intermédiaires. De ce fait, l’observation de l’effectivité des DC relèverait de la responsabilité d’un petit groupe d’expert·es potentiellement déconnecté·es des réalités du terrain alors que les DC devraient être appropriables librement et facilement. La complexité et l’intellectualisation de toute démarche qui leur est associée font l’objet de nombreuses critiques et contribuent à leur aura d’inaccessibilité. Un véritable effort de vulgarisation des DC doit être effectué à plusieurs niveaux pour faciliter leur appropriation par les professionnel·les mais aussi par les populations. Sinon comment revendiquer un droit si on en a aucune conscience ?

Malgré cela, les CC se sont emparés de cette injonction et y ont apporté de nombreuses réponses concrètes. Quelques pistes d’action ont été soulignées lors des entretiens, bien qu’il en existe de nombreux autres dans le travail quotidien des expert·es de terrain. Par exemple, le travail de médiation réalisé entre les populations, l’équipe, les instances des CC, les pouvoirs publics, les partenaires, les artistes, etc. La notion de confiance apparaît comme centrale à travers la relation de confiance entre les habitant·es et les travailleurs·ses qui vont constamment à leur rencontre et suscitent leurs expressions. Leurs expressions et pas forcément parole, car bien souvent les intelligences multiples sont prises en compte à travers la multiplication des supports et dispositifs proposés.

Dans l’ensemble, se pose la question du recours systématique au discours et à l’écrit dans les processus d’évaluation. Alors que les CC travaillent les registres du sensible, de la création et de l’imaginaire, n’est-il pas paradoxal de devoir constamment rendre compte de ces expériences en données chiffrés et langage institutionnel ? Une production ou une création issue d’une action pourrait-elle se suffire à elle-même pour expliciter l’exercice des DC qu’elle orchestre en faisant appel à la sensibilité et à l’intelligence du regard des « observateurs·ices » ?

Nonobstant, l’oralité occupe une belle place dans les processus d’évaluation. Ne pourrait-on imaginer d’introduire des rapports oraux, plus interactifs, pour rendre compte des actions en général et de la manière dont elles mobilisent les DC en particulier ? Ou des rapports plus créatifs, utilisant d’autres formes d’expression que le discours Les CC multiplient leurs supports d’auto-évaluation, pourquoi ne pourraient-ils pas multiplier leurs manières d’en rendre compte ?

Rapport au temps

Un enregistrement audio de la table-ronde sur le « rapport au temps » lors de la journée « Parlez-vous droits culturels? » du 13 décembre 2021 – y interviennent successivement Morgane Degrijse (anc. coordinatrice PODC), Thierry Wenes (chargé de projet au CC de l’entité fossoise) et Magali Dereppe (coordinatrice animations et citoyenneté à la Maison culturelle d’Ath) sous la modération de Liesbeth Vandersteene (directrice de l’Astrac, Réseau des professionnels en Centres culturels)

Dans le champ socioculturel comme ailleurs, le temps semble toujours manquer pour faire toutes les choses qu’on souhaitait faire, de la manière dont on voudrait les faire. Ainsi, même si elle est intégrée au départ de l’action, l’observation de l’effectivité des DC ne fait pas exception. Ce type d’observation demande du temps, du recul et de la patience. De surcroît, l’exercice des DC se réalise (et donc s’observe) sur un temps long, parfois celui de toute une vie.

Ce type d’observation se complique d’autant plus que le travail des CC oscille entre plusieurs temporalités (la programmation sur une année culturelle et la justification sur une année civile ; les différentes échéances des sources qui subsidient ; l’échéance du contrat-programme). Globalement, les CC se sentent submergés par le chevauchement de ces échéances multiples. Ceci, dans la mesure où il s’agit de respecter ces termes eu égard aux temporalités humaines, qu’il s’agisse des rythmes des visiteurs·es des CC ou de ceux des travailleurs·es.

Si l’arrivée du décret de 2013 a d’abord été reçu comme un choc, il a aussi été perçu comme une opportunité, voire une « libération ». Le prisme des DC s’est fait un outil précieux de sélection, notamment par rapport à d’autres, pour alléger la charge de travail et de déculpabiliser les équipes. Ainsi, le travail avec les DC invite à prendre le temps de se poser pour réfléchir, observer son action, l’envisager sur un plus long terme, à se poser des questions et d’en réaffirmer le sens. Une piste de travail est déjà de bloquer quelques heures par semaine dans un agenda chargé, provoquer des rencontres fortuites avec les DC, c’est déjà un bon début. Puis, si l’injonction à l’évaluation formelle de l’effectivité des DC continue à être vécue comme un énorme poids, le décret peut aussi constituer un argument légal de la légitimité des actions menées, notamment face aux pouvoirs subsidiants.

Rapport au plaisir

Un enregistrement audio de la table-ronde sur le « rapport au plaisir » lors de la journée « Parlez-vous droits culturels? » du 13 décembre 2021 – y interviennent successivement Morgane Degrijse (anc. coordinatrice PODC) et Karin Fontaine (directrice du CC L’Entrela’ d’Evere) sous la modération de Liesbeth Vandersteene (directrice de l’Astrac, Réseau des professionnels en Centres culturels)

Par le décret 2013, les CC ont pour mission de participer au développement de l’exercice des DC des populations de leur territoire. Leurs outils et portes d’entrée sont de l’ordre de la création, de la sensibilité, des arts et des cultures. Il s’agit d’une dynamique joyeuse où le plaisir, des populations comme des équipes – on parle de métiers de « passions » – occupe une place importante.

Plusieurs questions relatives au plaisir se posent en ce sens : comment intégrer systématiquement des dispositifs de récoltes de traces de l’exercice des DC (du type évaluation formelle) au sein des actions sans les dénaturer, sans empiéter sur le plaisir et la spontanéité qui s’y jouent ? Comment récolter des témoignages sans être dans le contrôle permanent ? Sans surcharger mentalement les équipes et les populations ? Sans donner l’impression que la qualité du travail des CC n’est pas reconnue ?

Les CC s’emploient à préserver ce plaisir de multiples manières. Simplement, par le bonheur d’être, de faire, de créer et de co-construire ensemble. Mais aussi en entretenant et provoquant la joie et l’émerveillement liés aux découvertes culturelles, en semant des graines de citoyenneté, bref en cultivant les droits culturels (au sens de les faire grandir, pousser, les entretenir et les développer) des populations autant que les leurs.

Rapport à la responsabilité

Un enregistrement audio de la table-ronde sur le « rapport à la responsabilité » lors de la journée « Parlez-vous droits culturels? » du 13 décembre 2021 – y interviennent successivement Morgane Degrijse (anc. coordinatrice PODC), Thierry Wenes (chargé de projet au CC de l’entité fossoise), Karin Fontaine (directrice du CC L’Entrela’ d’Evere), Emilie Lavaux (directrice du CC le 38 de Genappe), Pascale Pierard (directrice du CC Ourthe et Meuse d’Angleur et Sclessin) et Magali Dereppe (coordinatrice animations et citoyenneté à la Maison culturelle d’Ath) sous la modération de Liesbeth Vandersteene (directrice de l’Astrac, Réseau des professionnels en Centres culturels)

Les CC ne sont pas les seuls opérateurs du territoire à travailler à la mise en œuvre des droits fondamentaux, culturels en particulier. Pensons à des institutions comme l’école – notamment avec la mise en œuvre du projet PECA – de plus en plus de musées, théâtres et autres institutions culturelles, mais aussi les secteurs proches comme la Lecture publique ou l’Éducation permanente. Mais c’est uniquement sur les épaules des CC que repose la responsabilité décrétale et la lourdeur procédurale. D’autres acteur·ices qui pourraient ou même devraient être des lieux de réalisation des DC des populations ne le sont pas du tout, par exemple certains médias locaux ou les industries culturelles.

Cela fait peser un poids sur l’action culturelle et son évaluation. Il n’y a certes pas d’exigences à rendre en termes de chiffres ou résultats, ce qui constitue un avantage de taille, mais l’ampleur des chantiers à entreprendre peut de temps à autre sembler décourageante. Dès lors, comment répartir entre une pluralité d’acteurs la responsabilité qui pèse sur les CC en termes de mise en œuvre des DC ? Une piste pourrait être de consolider et développer encore les coopérations entre pairs et avec d’autres partenaires, de mutualiser les ressources et concerter l’action des opérateurs d’un territoire. Ainsi, les enjeux d’un territoire et l’activation des DC, qui les concernent tout autant, pourrait être travaillés de concert. Certains CC rencontrés s’allient d’ailleurs très étroitement avec des partenaires territoriaux, au point même de parfois ne plus former qu’une seule entité « tentaculaire ».

A noter que la responsabilité des CC vis-à-vis de l’exercice des DC des citoyen·nes en période de crise est à souligner. Par exemple, comment peuvent-ils appliquer des mesures sanitaires telles que le CST, alors qu’elles entraînent nécessairement une forme d’exclusion et de discrimination envers certaines personnes, ce qui est totalement en opposition à leur mission première ?

Pistes pour faire place à l’humain

Toutes les difficultés exposées ne présentent pas des impasses mais permettent de déterminer des pistes et clés d’action pour y répondre du mieux possible. Ainsi, les CC n’ont pas attendu la conclusion de ce rapport pour réfléchir ou mettre certaines choses en place dans leur travail.

Certains prônent un rapport plus léger, joyeux et décomplexé aux DC et à leur évaluation. Cela passe notamment par la déculpabilisation des équipes, en considérant notamment les DC comme un horizon vers lequel tendre ainsi que des portes d’entrée pour développer et interroger ses actions et manières de fonctionner dans le respect de l’humanité et la dignité de chacun·e.

Tous s’accordent sur la fécondité des interactions et du croisement des points de vue des habitant·es, des équipes, des partenaires, des politiques, des artistes, mais aussi des opérateurs d’autres secteurs. Récolter ces différents témoignages passe notamment par la multiplication des supports et méthodologies, la prise en compte des intelligences multiples, la proposition de s’exprimer autrement que par les mots, qui font parfois défaut. Outre la charge de travail que cela implique, tout cela nécessite une grande souplesse et une capacité d’adaptation aux personnes et situations en présence, ainsi qu’une bonne dose de créativité pour varier les plaisirs et proposer constamment de nouveaux éléments de surprise.

C’est au final, l’humain, les gens, les personnes, les citoyen·nes qui sont au centre des préoccupations. Les CC vont à leur rencontre en permanence et sont à leur écoute de multiples manières. Mais ce sont aussi les travailleurs·ses qui priment : leur connaissance du terrain et des populations, la place qui est laissée à leur expertise, leur expérience, leurs propres subjectivités et sensibilités au cœur des évaluations. S’il est bon de pouvoir exprimer ce qui se passe et les manières dont cela se joue, cette confiance et ce respect mutuels sont à préserver à tout prix.

Conclusions et perspectives Par Luc Carton

1) Mise en œuvre d’une plateforme

Cette journée de rencontre « Parlez-vous droits culturels ? » du 13/12/2021 vient ponctuer d’un point d’orgue la dynamique instituante d’une plateforme riche de coopérations entre différents acteur·ices. La richesse de cette expérience contraste avec les moyens modestes de cette première convention, portée par une animatrice-chercheuse à mi-temps et un réseau d’allié·es.

La relative nouveauté de la problématique des DC pour les acteur·ices et le caractère récent de la mise en œuvre du décret soulignent l’ampleur, la complexité et la nécessité de la tâche. Pour toute partie prenante, plus que s’approprier une méthode et des outils, il s’agit d’une « reconfiguration » des manières de voir et de faire la conception et la programmation d’une action culturelle à moyen et à long termes. En s’éloignant de la politique d’offre, la problématique des DC invite les acteur·ices culturel·les à s’aventurer « hors les murs » et à susciter, auprès des populations, associations, personnes et groupes, « par, pour et avec elles », un mouvement de questionnement sur des enjeux sociétaux contemporains, base à présent pour penser in situ les fondements de l’action culturelle.

La « boucle procédurale » instituée par le décret du 21 novembre 2013 engage une mutation qui résonne loin – jusqu’aux politiques publiques de la culture au niveau territorial – et profond – à l’intérieur même des métiers, rôles et fonctions des professionnel·les des arts et de la culture.

2) Puissance de l’expérience historique de la démocratie culturelle

L’émergence de la référence aux droits culturels en Belgique francophone s’inscrit dans une histoire déjà longue d’une cinquantaine d’années, marquée par l’ancrage puissant des politiques culturelles dans le courant de la démocratie culturelle. Pensons à l’arrêté de 1970 sur les CC et le décret de 1976 sur l’Education permanente/populaire qui balisent, dans un premier temps, la constitution de la démocratie culturelle comme « régime » démocratique plus que comme orientation des politiques culturelles. Le renouvellement des décrets relatifs à l’Education permanente, en 2003 et surtout en 2018 ; aux CC, en 1992, 1995 et surtout en 2013 ; en Jeunesse, en 2000 ; en Lecture publique en 2009 ; aux Centres d’Expression et de Créativité en 2009 convergent pour redonner une force instituante au courant de la démocratie culturelle. En ce sens, le choix du référentiel des DC pour refonder le décret des CC en 2013 souligne l’actualité du paradigme de la démocratie culturelle et lui confère une légitimité nouvelle qui régénère sa force instituante, son ouverture au réel.

3) Le paradigme culturel ou la centralité du conflit culturel

La référence aux droits culturels émerge au début des années 2000, quand la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle de 2001, puis la Convention de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles en 2005, instituent « la Culture au pluriel » et la diversité des cultures comme patrimoine essentiel de l’humanité.

Cette émergence prend particulièrement sens à la lumière des développements récents du « capitalisme informationnel », du rôle structurant des industries culturelles, de l’avènement d’une troisième révolution civilisationnelle de la communication. D’autant que la pandémie de Covid-19, comme « fait social total » vient à son tour souligner la dimension culturelle des conflits sous-jacents de nos sociétés : le questionnement sociétal autour de « l’essentiel » constitue comme enjeu central le sens et/ou le non-sens du travail, de la consommation, du système productif lui-même, destructeur des écosystèmes, voire de l’humain en nous.

4) Entre droit et culture, une tension à interpréter de manière active

L’une des difficultés inhérentes à la problématique des DC tient à l’incertitude qui pèse sur le sens à donner à la notion de culture. Dans le sens commun, comme une longue tradition des politiques publiques depuis les années 1960, définissent la culture comme un secteur ou un champ, entre référence aux Beaux-Arts et Patrimoine, d’un côté, et « société des loisirs » de l’autre. Cette référence « sécurise » l’horizon des métiers, rôles et fonctions des acteurs du champ culturel. Contrastant avec cette acceptation dominante, la référence aux droits culturels prend appui sur une définition anthropologique de la culture. C’est le choix de l’Unesco dès la Déclaration de 1982.

Cette acceptation anthropologique se précisera dans la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels de 2007 et dans l’Observation générale 21 du Comité des Droits économiques, sociaux et culturels de 2009. Les droits culturels sont alors définis comme « […] les droits de chacun, individuellement et collectivement, ainsi que les droits des groupes de personnes, de développer et d’exprimer leur humanité, leur vision du monde et la signification qu’ils donnent à leur existence et à leur épanouissement par l’intermédiaire, entre autres, de valeurs, de croyances, de convictions, de langues, de connaissances, de l’expression artistique, des institutions et des modes de vie. »

5) Une tension dans le Décret du 21 novembre 2013 sur les Centres Culturels

Dans le décret lui-même, on perçoit le balancement entre la référence au droit à la culture, d’une part, affirmée dans l’article 1er et dont les propriétés sont déclinées dans ce même article et la référence aux droits culturels, d’autre part, mieux perceptible dans le prescrit de l’article 2, où la mission des CC est notamment « [d’]augmente[r] la capacité d’analyse, de débat, d’imagination et d’action des populations d’un territoire, notamment en recourant à des démarches participatives […] ».

Pour asseoir la légitimité de ces tensions créatrices, le décret de 2013, faisant référence à la définition de la culture que propose la Déclaration de Fribourg, énonce, dans son article 1er/9° : « […] Droit à la culture : au sein des droits humains, l’ensemble des droits culturels tant en termes de créances que de libertés, individuelles et collectives […] » Soit que la partie (droit à la culture) contient le tout (droits culturels) et, plus encore, si l’on y inclut les dimensions culturelles des autres droits humains, bien sûr.

6) Les droits culturels, creuset de l’action

Que penser de cette relative confusion, à la lumière des travaux réalisés à l’occasion de cette première convention pour une PODC dans les CC ? Des enseignements peuvent être tirés :

  1. Le besoin d’une clarification du prescrit décrétal qui intégrerait – sans les exclure – les trois acceptations citées ci-dessus, dans une architecture globale :
    • le droit à la culture, défini par les moyens de sa mise en œuvre autour de la notion de « Fonction culturelle ».
    • Les droits culturels, définis par les finalités que porte la définition anthropologique de la culture, dont, en ordre principal : exprimer son identité et construire sa subjectivité, exprimer son humanité, élaborer sa vision du monde, donner un sens à son existence et à son développement. Les huit droits culturels énumérés par la Déclaration de Fribourg proposent un ensemble cohérent des droits porteurs de ces finalités.
    • Les dimensions culturelles des droits humains : il s’agit là de la dimension la plus large du potentiel d’action des DC, au nom du principe de leur indivisibilité, d’une part, et la nécessité d’intégrer leurs interdépendances dans la mise en œuvre des droits humains, d’autre part. Encore largement en chantier, ces dimensions sont d’ores et déjà largement présentes dans les pratiques des CC autour des questions de cohésion sociale, d’aménagement du territoire, du droit au logement, de l’éducation à l’environnement, etc.
  2. La cohérence entre dynamiques internes et externes du travail des Centres culturels : développer l’exercice des DC des populations passe nécessairement par un meilleur exercice des DC des travailleur·ses des CC. Dans le même sens, on observe que les dynamiques mises en œuvre dans l’analyse partagée du territoire se prolongent, dans les CC, par la découverte de la nécessité d’une organisation du travail plus transversale, décloisonnant métiers, rôles et fonctions jusqu’à présent dissociés par l’organisation du travail.
  3. La difficile observation des dynamiques de subjectivation : s’agissant, de manière essentiellement intérieure et intime, d’un processus de subjectivation, de construction du sujet, qui d’autre que le sujet lui-même, éventuellement associé à d’autres, suivant l’exercice individuel ou collectif des DC, pourrait prétendre à connaître la réalité, la qualité ou l’intensité de l’exercice d’un ou plusieurs DC ? Les travaux réalisés dans la présente convention en attestent : l’observation portée par les « récits » ou interviews des équipes des CC est, pour l’essentiel, limitée à scruter le déploiement de l’action culturelle, aux « lisières » de l’implication des personnes et des groupes ; le « point de rencontre » entre cette action culturelle et les sujets des DC reste nécessairement dans une zone d’incertitude et d’interprétation ouverte.
  4. Une démarche plus ample et plus longue : observer plus en profondeur suppose de commencer à prendre les moyens d’une démarche plus ample et plus longue, celle où les sujets des droits s’engagent dans le récit de ce qui leur advient dans le déploiement même de l’action culturelle, au creux de l’implication personnelle. Cela peut prendre le chemin de la création artistique ou explorer la voie de la méthode de l’analyse en groupe. Entre ces deux polarités, les contributions des personnes et des groupes peuvent mobiliser la pluralité des langages et la diversité des pratiques culturelles et artistiques, au plus près de l’action de CC, quand celle-ci fait largement place à la confiance des équipes dans la puissance culturelle des personnes, seules et en commun. Cette notion de confiance est elle-même la clé des dynamiques d’Éducation permanente/populaires dans les CC.

7) Les conditions externes favorables ou défavorables au déploiement des droits culturels

Une leçon collatérale du travail d’observation des DC a trait à la grande fatigue des équipes et des directions des CC. La pandémie Covid-19 a lourdement pesé sur l’action culturelle à travers les mesures de confinement et la différence de traitement entre les secteurs marchand et non-marchand.

A cela s’ajoute une difficulté structurelle liée à un sentiment de constante nécessité de la justification. Cette incessante nécessité se transforme en épuisement quand il devient nécessaire, pour des raisons de survie économique et sociale de répondre à différents appels à projets, chacun générant sa propre logique de justification.

Enfin, les rythmes de production des documents administratifs, notamment dans les suites du décret de 2013. Pour ces raisons, il nous semblerait précieux d’envisager de porter au moins à sept ans – et non cinq comme actuellement – la durée des contrats-programmes des CC. Cette réflexion sur les rythmes des contrats-programmes devrait également prendre en compte la question de la temporalité de la dynamique d’évaluation des décrets.

La qualité de l’accompagnement des acteur·ices culturel·les par les services du Gouvernement – Administration & Inspection générale de la Culture – est un dernier facteur essentiel de la conduite des politiques culturelles complexes, aptes à favoriser l’exercice des droits culturels des populations. La relation de confiance entre services de l’État et acteur·ices culturels est fondatrice d’une chaîne continue de relations de confiance vers les équipes, les partenaires et les destinataires de l’action culturelle. La présence de l’Inspection sur le terrain peut contribuer à consolider l’autonomie des CC dans d’éventuels rapports de force avec les pouvoirs communaux.

8) Mobiliser les droits culturels dans l’ensemble des politiques culturelles ?

C’est l’orientation que propose d’adopter le rapport Un futur pour la culture remis à la Ministre Linard, en juillet 2020 : « Ce plan de relance prend comme boussole les droits humains, et en particulier la protection et la promotion des droits culturels (droit de liberté de création ; droit de protection, promotion et accès à la diversité culturelle ; droit de participation à la vie culturelle ; renforcer les résiliences des politiques culturelles, notamment quant au changement climatique). L’opportunité des orientations générales du rapport s’impose avec d’autant plus de force que les principes directeurs de divers décrets culturels en Fédération Wallonie-Bruxelles (cfr supra 2) en Education permanente, en Lecture publique, en CEC, politiques de jeunesse et d’enseignement avec le PECA), servent explicitement des finalités semblables ou proches, relevant du même courant de la démocratie culturelle. On peut donc imaginer construire pas à pas une politique culturelle territoriale suscitant et agençant de nombreuses coopérations, alliances et partenariats entre les divers acteur·ices clés des politiques culturelles autour de la « boussole » des DC.

9) La politique culturelle comme politique transversale

Cette « boussole » des DC conduit déjà de nombreux·ses acteur·ices, dont les CC, à se saisir d’enjeux sociétaux cruciaux : les questions d’environnement, des écosystèmes et du vivant, les questions d’urbanisme et d’habitat, d’alimentation et d’agroécologie, les enjeux de cohésion et de solidarité sociales, par exemple, se dégagent souvent des démarches d’analyse partagée du territoire conduites par les CC. C’est là que l’exercice des DC se prolonge en questionnement sur les dimensions culturelles des droits humains et nourrit les prémisses d’une démocratie plus réflexive, plus délibérative et plus culturelle.

Cela n’est pas sans poser, parfois, de difficiles questions de susceptibilité politique, quand le travail de la culture questionne, même symboliquement, les dimensions culturelles des « autres » politiques publiques communales. Une affirmation plus explicite et plus forte de la transversalité de la politique culturelle, au niveau communal et régional, serait donc la bienvenue ! La sensibilisation des édiles communaux à ces problématiques nous paraît de première importance.

Une ambition politique pour une plateforme de mobilisation des droits culturels

Quelques enseignements de cette première convention initiant une plateforme d’observation des droits culturels :

  1. La dynamique de coopération entre acteur·ices, largement retardée par les effets de la pandémie, a commencé à faire preuve d’une belle maturité, dont les premiers effets ont été unanimement reconnus lors de la journée d’information et d’expérimentation du 13 décembre 2021.
  2. L’observation entamée dans/par et avec les Centres culturels est appelée à se prolonger : le travail de défrichage et d’expérimentation peut maintenant faire place à l’accompagnement de démarches d’expression et de récit des groupes impliqués dans l’exercice des droits culturels.
  3. Pour autant, il semble également opportun de s’engager dans de nouvelles démarches de mobilisation des droits culturels dans des « secteurs culturels » proches, voire potentiellement alliés aux Centres culturels.
  4. Nous pensons en priorité aux associations reconnues pour leur action d’Éducation permanente, tant le prescrit du décret modifié en 2018 parait pouvoir remarquablement rencontrer l’exigence des droits culturels. En particulier, le référentiel d’évaluation proposé par la circulaire du 7 mars 2018, qui précise l’interprétation de l’article 1er du décret, facilite explicitement cette convergence.
    L’on pourrait également, avec la même pertinence, solliciter l’intérêt de tous les secteurs et modes d’action relevant de l’autorité de l’Administration générale de la culture : Lecture publique, CEC, Jeunesse, Arts vivants, etc.
  5. Le choix d’une question de société suffisamment large pour mobiliser une pluralité d’acteur·ices culturel·les permettrait à la Plateforme d’observation des droits culturels de proposer, dans divers territoires, un programme commun de mobilisation des droits culturels prioritairement porté par des Centres culturels et des associations d’Éducation permanente, quitte à s’ouvrir, ponctuellement, à d’autres contributions (Lecture publique, CEC, Maisons de Jeunes …).
    La problématique du « care », couvrant la santé publique et le soin aux personnes (petite enfance, personnes âgées et dépendantes, personnes en situation de handicap, personnes affectées de maladies chroniques…), pourrait constituer un premier banc d’essai passionnant.
    L’on pourrait également solliciter l’intérêt d’une grande diversité d’acteur·ices culturel·les autour de la question de la transition écologique.
  6. Prolonger et déployer les dynamiques initiées lors de cette première convention et assumer en même temps le pilotage d’une recherche nécessairement portée avec les acteur·ices de terrain eux·lles-mêmes, au long cours, suppose des moyens humains nettement plus étoffés que le mi-temps financé par la convention 2019-2021.
    D’autant qu’une pluralité de fonctions parait devoir être assumée de manière coordonnée : conduite de la recherche, supervision du travail d’expérimentation conduit par des équipes de terrain, traitement coordonné de l’information sur les problématiques et les pratiques des droits culturels, formation d’acteur·ices de terrain.

1. Cf. le Neuf essentiels cité plus haut, ainsi notamment que la publication de la thèse de Céline Romainville : ROMAINVILLE C., Le droit à la culture, une réalité juridique : le régime juridique du droit de participer à la vie culturelle en droit constitutionnel et en droit international, Bruxelles, Bruylant, 2014.

2. Cf. Le Neuf essentiels, ainsi que divers articles repris sur la page thématique « droits culturels » sur le site de Culture & Démocratie : https://www.cultureetdemocratie.be/thematiques/droits-culturels/, consulté le 30/6/2022.

3. Cf. HANSOTTE M. & BOUCQ C., Centres culturels et territoires d’actions. Une partition symphonique des actions partagées (cahier 1), Bruxelles, Direction générale de la Culture -Fédération Walllonie-Bruxelles, disponible en ligne : http://www.centresculturels.cfwb.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=a5de4fdb3dcdfca6f5c03935a65c49a177b96a93&file=fileadmin/sites/cecu/upload/cecu_super_editor/cecu_editor/documents/bibliotheque/Centres_culturels_et_territoires_d_action.pdf, consulté le 30/6/2022. HANSOTTE M. & BOUCQ C., Piloter un centre culturel aujourd’hui : fils conducteurs et démarches de base, Direction générale de la Culture – Fédération Wallonie-Bruxelles, disponible en ligne : http://www.centresculturels.cfwb.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&file=fileadmin/sites/cecu/upload/cecu_super_editor/cecu_editor/documents/bibliotheque/fwb-culture-cahier2-versionlight.pdf&hash=ff45e37853a32f5bbc514b7bb1e6570d93c4552e, consulté le 30/6/2022.

4. Cf. l’article de Paul Biot « Approches sans distances » en ce sens, disponible sur le site de Culture & Démocratie : https://www.cultureetdemocratie.be/articles/approches-sans-distances/, consulté le 30/6/2022.

Capsule audio – Les droits culturels

Une capsule audio produite par le centre culturel Les Chiroux (Liège), reprenant des extraits de la conférence débat « Les droits culturels, conditions de la démocratie ? » dans le cadre du festival TempoColor.

Interventions de Françoise Tulkens (ex juge et présidente de la Cour européenne des Droits de l’Homme), Morgane Degrijse (coordinatrice de la Plateforme d’observation des droits culturels), Jean Cornil (Présence et Action Culturelle) et des citoyen·nes divers·es.

Les centres culturels à la rencontre de leurs territoires (Article)

Un article de Morgane Degrijse (coordinatrice de la Plateforme d’observation des droits culturels) dans le Journal de Culture & Démocratie n°53 (novembre 2021) sur les notions de « Territoires ».

Partir du territoire permet d’opérer un questionnement sur les catégories spatiales ou conceptuelles (par exemple « le public ») qui entourent ce qu’on nomme « vie culturelle ». Pour qui conçoit l’activité culturelle comme composante d’un bassin de vie, c’est une action collective qui se profile à chaque franchissement de frontière. C’est aussi dès lors, prendre conscience de lieux non-investis alors même qu’on les côtoie quotidiennement. La démarche d’« analyse partagée » mise en place par les centres culturels de Fédération Wallonie-Bruxelles les amène ainsi à ne pas circonscrire « la culture » à des espaces clos et institués et favorise la porosité de leurs territoires.

Depuis deux ans et demi, je vais régulièrement à la rencontre de huit centres culturels, en Wallonie et à Bruxelles, dans le cadre d’une recherche participative visant à développer une manière d’observer l’exercice des droits culturels. Les institutions que je visite sont très différentes les unes des autres. Elles ont de très grandes ou très petites équipes, des infrastructures suréquipées pouvant accueillir des centaines de personnes ou pas de salle de spectacle, elles sont situées en ville ou à la campagne, facilement accessibles en transports en commun ou pas du tout. Mais, sans exception, lorsque je leur demande de me présenter globalement leur action, immanquablement, toutes citent en premier les spécificités de la région et des gens qui l’habitent. Au fil de nos échanges, ont émergé des bribes de leur rapport particulier au territoire, guidé en partie par le décret de 2013 qui cadre leur action. Je me propose de vous les raconter.

Les 118 centres culturels de la Fédération Wallonie-Bruxelles forment un réseau d’opérateurs diversifié et très étendu. Ils sont implantés chacun au cœur d’un territoire spécifique (formé d’une ou plusieurs communes) pour y tisser des liens « culturels » avec et entre les populations, afin que celles-ci déploient leurs droits fondamentaux, notamment culturels. Cette implantation territoriale – au sens humain autant que géographique – est propre à chaque institution, bien que certaines étapes soient régies par une méthodologie commune imposée par le décret. Celui-ci balise les étapes du cheminement dans une boucle procédurale étalée sur cinq ans, sans indiquer de destination mais en conservant l’horizon d’un exercice plus intense des droits culturels pour tou·tes. Il impose que l’action culturelle ne se base pas ou plus sur une programmation descendante traditionnelle (quelle qu’en soit la qualité) mais s’appuie sur ce que les législateur·ices appellent, de manière assez équivoque, l’« analyse partagée du territoire ».

Les travailleur·ses des centres culturels vont à la rencontre de leur territoire et de ses habitant·es à l’aide de dispositifs d’animation et de récolte de paroles (imaginés en harmonie avec leur histoire, leurs manières de fonctionner) afin de mieux les connaitre et comprendre. L’analyse partagée les rend à l’écoute (de manière active) des populations, de leurs envies, rêves, peurs, problèmes et projets, qu’ils soient petits ou grands, des crottes de chien sur le trottoir aux besoins essentiels de logement. Les données récoltées – sensibles et froides, humaines et statistiques – sont mises en relation et discutées afin de coconstruire, en écho à de plus larges enjeux de société, des enjeux de territoire qui orienteront les actions futures du centre culturel. À l’Entrela’ (centre culturel d’Evere), ce long processus a par exemple abouti à la phrase « Tou·tes ensemble, solidaires, métissé·es et égaux·ales, faisons de Bruxelles une « ville plaisir” ». Les citoyen·nes ne sont pas mobilisé·es uniquement sur des questions de culture(s), mais le biais culturel leur est ensuite proposé pour travailler ces questions et agir sur les problématiques identifiées. La culture, la créativité et les arts sont utilisés comme des instruments très puissants de citoyenneté et d’exercice des droits fondamentaux.

Les exemples de dispositifs d’analyse partagée sont nombreux et variés. Parmi eux, la Maison culturelle d’Ath a organisé une consultation citoyenne, le G100, lors duquel ont débattu une centaine d’Athois·es. À Saint-Gilles, le Centre culturel Jacques Franck a organisé des forums, débattu autour de photolangage, créé des cartes subjectives et sonores de la commune, eu recours à des porteur·ses de paroles et des artistes pour intervenir dans l’espace public, etc., tout en diversifiant les heures et lieux de contact pour toucher le plus de monde possible. Un premier acte symbolique fort a été pour la directrice de simplement traverser la rue pour aller se présenter dans les commerces en face et les questionner sur les manières dont il·elles vivent le territoire.

Cette manière de procéder induit un déplacement significatif en termes de territoires de travail, une véritable ouverture qui permet d’aller explorer des endroits auxquels on n’aurait jamais songé s’adresser sans diagnostic territorial. Une préoccupation centrale des centres culturels, en tant qu’opérateurs œuvrant à la démocratie culturelle, est de trouver des manières d’amener les publics qui ne fréquentent pas habituellement le lieu à participer à leurs actions. Cela pour gommer la barrière symbolique, dépasser les freins (sociologiques, géographiques, économiques, intellectuels, temporels ou autre) qui empêchent les citoyen·nes de pousser la porte d’un théâtre, d’un opéra ou encore d’une maison de quartier. Sans doute la frontière invisible agit-elle dans les deux sens, empêchant autant les travailleur·ses de sortir que les « non-publics » (ne souhaitant d’ailleurs pas forcément devenir des publics) de rentrer. Une fois la porte franchie, dans l’espace public, les postures s’effacent un peu et les personnes qui se rencontrent sont sur un pied d’égalité. Il ne s’agit pas de proposer une offre culturelle clé sur porte, mais de questionner collectivement les façons d’habiter le territoire et les problématiques qui l’animent, pour agir ensuite aux endroits de friction. Cette démarche profondément participative instaure un dialogue entre l’institution, les êtres humains et leur environnement, de manière à susciter des interactions emplies de sens au sein d’un écosystème complexe et particulier. L’action hors-sol (qui n’a toutefois jamais été la norme dans le secteur), déconnectée des réalités du terrain, du terroir, n’est plus envisageable. Cette démarche profondément participative instaure un dialogue entre l’institution, les êtres humains et leur environnement, de manière à susciter des interactions emplies de sens au sein d’un écosystème complexe et particulier.

Cette démarche profondément participative instaure un dialogue entre l’institution, les êtres humains et leur environnement, de manière à susciter des interactions emplies de sens au sein d’un écosystème complexe et particulier.

Cependant, la démarche d’analyse partagée demeure complexe à mettre en œuvre, chronophage et administrativement très lourde. Elle s’efforce de multiplier les prismes et de favoriser inclusion, mais elle n’offre qu’une vision partielle du territoire puisque les personnes se prêtant au jeu ne représentent pas forcément toute la diversité de la commune. Elle n’est pas non plus la clé ultime de compréhension du territoire : il arrivera encore aux centres culturels de faire des propositions mal accueillies par le quartier. Mais « qui ne se plante jamais ne pousse pas » !

Le territoire administratif assigné au centre culturel est parfois composé d’entités aux réalités très différentes. C’est le cas du centre culturel Ourthe et Meuse, qui s’étend sur les communes liégeoises d’Angleur et de Sclessin, séparées par un cours d’eau − une frontière symbolique qui, comme le Canal de Bruxelles ou la Meuse à Liège, partage des populations et pratiques très dissemblables . L’action de la Maison culturelle d’Ath s’étend quant à elle autant dans la ville que dans une vingtaine de villages environnants.

À Marchin, suivant une logique selon laquelle les centres culturels devraient agir sur l’ensemble du territoire de la Fédération, une décision politique a ajouté arbitrairement deux nouvelles communes à leur territoire d’action, sans pour autant que les moyens financiers et humains nécessaires à cet élargissement ne suivent.

À Fosses-la-Ville, il a parfois été difficile de mettre en place des choses dans des villages proches géographiquement mais officiellement situés sur le territoire d’action d’un autre centre culturel, quelquefois très éloigné. Le décret de 2013 permet une ouverture de ce côté-là, en encourageant et facilitant les collaborations et coopérations entre opérateurs territoriaux, actifs ou non dans la culture.

Engelbert Petre, le directeur de la Maison culturelle d’Ath m’a fait part d’une théorie intéressante concernant la conception du territoire. Selon lui, le « bassin de vie » serait une unité pertinente, plus proche des réalités humaines, pour définir l’action d’un centre culturel. Il s’agit en effet d’une vision ascendante du territoire tel qu’il est véritablement vécu par les populations en opposition à une délimitation administrative descendante (et parfois relativement arbitraire) des communes. Un bassin de vie correspond à la zone dans laquelle les populations se déplacent quotidiennement, c’est-à-dire comprise entre le domicile, le lieu de travail, l’école des enfants, les commerces, les infrastructures culturelles et de loisir ainsi que les services collectifs. Leurs limites sont relativement souples et poreuses, elles peuvent évoluer, se déplacer avec le temps. Les réalités de vie et les revendications citoyennes – donc les enjeux de territoire dégagés par l’analyse partagée – varient d’un bassin à un autre. Il faudrait donc mener dans chaque bassin une action culturelle spécifiquement adaptée, en comptant que cela risque de démultiplier le travail du centre culturel.

L’analyse partagée du territoire permet de révéler des réalités et besoins insoupçonnés. La réalisation de cartes subjectives ou mentales a notamment souvent mis en lumière l’existence de « terra incognita », des espaces traditionnellement non investis par le centre culturel ou peu fréquentés par les habitant·es. Pour le Jacques Franck, ce fut le cas par exemple de la prison de Forest. Le centre culturel y a par la suite développé le projet de création musicale « Murmuziek », tandis qu’il initiait d’autres projets à l’hôpital voisin, en pédiatrie, ou encore avec une classe de primo-arrivant·es, élargissant ainsi de manière significative ses territoires d’action. À Fosses-la-Ville, le contact avec les résident·es permanent·es d’un camping proche a permis de mieux comprendre les différentes manières de se loger sur une même commune, et de déconstruire des préjugés et stigmatisations dont ces résident·es font souvent l’objet.

En dehors des opérations culturelles qui touchent aux imaginaires et représentations des populations, les centres culturels agissent parfois directement sur leur environnement et transforment ainsi leur territoire. À Genappe, un groupe de citoyen·nes, soutenu par le centre, a interpellé les politiques sur le besoin d’infrastructures urbaines en réaménageant une place publique à l’aide de matériaux de récupération. À Fosses, suite à une vaste récolte de paroles, le centre culturel a porté une revendication des jeunes qui a permis l’installation d’un préau avec accès à l’eau et l’électricité. À Evere, une cage d’escalier typique de l’architecture locale a été sauvée de la destruction (et même rénovée par la Commune) grâce à l’intervention participative dans l’espace public d’un artiste en résidence dans un quartier de logements sociaux.

À Ath, où l’analyse partagée du territoire a mis en évidence un sentiment d’appartenance et de proximité forte entre plusieurs zones, trois communes ont été détachées de l’arrondissement électoral de Soignies pour rejoindre celui de la Wallonie picarde avec lequel elles avaient beaucoup plus de liens. À Bruxelles, la cour arrière du Jacques Franck est actuellement transformée en jardin public, suite au constat d’un manque d’espaces verts dans le quartier. Accessible quotidiennement et lors d’évènements culturels, il servira aussi de cour de récréation à l’école voisine. Le centre culturel modifie en outre sa propre infrastructure pour répondre à ce besoin : il casse des murs et réorganise l’espace de son bar pour agrandir la salle et installer une grande baie vitrée vers l’extérieur.

Pour ne pas risquer l’épuisement du secteur des centres culturels face à la lourdeur et la complexité du dispositif d’analyse partagée, l’idéal serait que la responsabilité de celui-ci et de ses conclusions soit portée par plusieurs acteur·ices du territoire et que ses conditions de réalisation (moyens financiers, humains, temporels…) soient assurées par le politique. Pour autant, l’analyse partagée du territoire reste un extraordinaire outil démocratique qui favorise l’exercice du droit de participer à la vie culturelle et à la décision en matière culturelle. Elle travaille aussi, presque par essence, d’autres droits culturels tels que la liberté d’expression, le droit à la reconnaissance des identités et communautés culturelles ou encore le droit à la diversité culturelle. Dans le même temps, elle assoit la légitimité des centres culturels à agir en dehors de leurs territoires d’action privilégiés, ouvre des horizons et induit de nouveaux rapports à l’environnement, à soi, aux autres.

Image : © Benjamin Monteil

Parlez-vous droits culturels ? – 13 décembre 2021

Lundi 13 décembre 2021, 9h30-16h30

PointCulture Bruxelles, rue Royale 145, 1000 Bruxelles.

La Plateforme d’observation des droits culturels (Culture & Démocratie), La Concertation asbl-Action Culturelle Bruxelloise et l’Association Marcel Hicter ont initié différentes démarches qui explorent les droits culturels et œuvrent à leur culture commune. Elles vous invitent à venir parler « droits culturels » lors d’une journée d’information et d’expérimentation au départ de leurs recherches.


Programme

9h15 | Accueil et café


9h30 | Introduction : différentes approches de la mise en pratique des droits culturels
Avec : Paul Biot (Culture & Démocratie, Théâtre-action), Lara Lalman (La Concertation),
Mathias Mellaerts (Association Marcel Hicter), Marie Camoin (Article 27), Liesbeth
Vandersteene (ASTRAC) et Morgane Degrijse (Plateforme d’observation des droits culturels, Culture & Démocratie)


10h15 | Observer l’exercice des droits culturels ? – Retours sur les travaux de la Plateforme d’observation des droits culturels
Avec : Morgane Degrijse (Plateforme d’observation des droits culturels, Culture & Démocratie)


10h30 | Discussion-débat avec les centres culturels partenaires de la recherche : comment observer l’exercice des droits culturels ?
Avec : Thierry Wenes (centre culturel de Fosses-la-Ville), Pascale Piérard (centre culturel
Ourthe et Meuse), Emilie Lavaux (centre culturel de Genappe) et d’autres intervenant·es à confirmer
Animation : Liesbeth Vandersteene et Morgane Degrijse


11h15 | Pause-café


11h30 | Suite des débats de la matinée

12h15 | Repas


13h30 | Ateliers : En quoi ce que je fais et la façon dont j’agis participent à la réalisation des droits culturels ?

Expérimentation des outils développés par Mathias Mellaerts (Association Marcel Hicter), Aliette Griz (Midis de la Poésie), Virginie Cordier, Thibault Janmart et Laetitia Raesschaert (La Vénerie), Amélie Michaud et Antoine Schwarz (Maison de la Création), Edith Grandjean (Wolubilis), Hélène Janssens (Archipel19), Olivier Roisin (Mouvance asbl), Lapo Bettarini et Lara Lalman (La Concertation asbl) et Paul Biot (Culture & Démocratie).

1) Les droits culturels en images

Explorer les droits culturels et les associer à une pratique associative et/ou professionnelle.

2) La culture, toi et moi

Faire émerger les différentes représentations que recouvre le mot « culture » et explorer le rapport intime que nous entretenons avec elles.

3) La participation, une question d’attitude ?

Explorer et questionner sa posture relationnelle dans un cadre participatif.

4) Le jeu des citations cultes

Découvrir l’histoire des droits culturels de manière interactive et ludique.


15h30 | Pause-café


15h45 | Avec quoi repartons-nous ?


16h15 | Conclusions

Avec : Luc Carton (Culture & Démocratie)


Un retour sur l’ensemble de la journée peut être trouvé sur le blog de La Concertation asbl

Bientôt une partie des interventions (introductions, table ronde et conclusions) disponibles en ligne sur ce blog !

La responsabilité des Centres culturels en matière de droits culturels (Article)

Les droits culturels, source d’obligations de nature universelle – L’exemple de la Vénerie

L’analyse – remarquable à plus d’un titre – qui va suivre évoque une question débattue lors d’une formation à l’Approche des droits culturels de janvier à mars 2021: celle de la responsabilité des Centres culturels en tant que porteurs, par délégation, des engagements internationaux de l’État en matière de droits culturels.

>>> Voir à ce sujet l’article de Paul Biot <<<

Une responsabilité ruisselant des organes supérieurs de la structure étatique vers les entités fédérées et, par délégation de missions et affectation de moyens, vers les opérateur·ices présent·es dans la cité. Une présence concrète qui rend les Centres culturels d’autant plus responsables qu’ils doivent répondre d’une répartition équitable de leurs actions au sein d’une population d’un territoire donné, où ils sont l’image permanente de la dimension culturelle de la puissance publique.

C’est dans la contradiction entre les obligations internationales de la Belgique en matière de droits culturels et les contraintes imposées par une situation sanitaire ponctuelle que s’est posée à l’équipe du Centre culturel de La Vénerie la question de la manifestation de sa responsabilité politique en matière de droits culturels de la population.

Paul Biot

Formateur en droits culturels
Fédération du théâtre-action
Culture & Démocratie (Plateforme d’observation des droits culturels)


La responsabilité des Centres culturels en matière de droits culturels

L’effectivité des droits culturels prise comme mesure des engagements internationaux de la puissance publique

Mars 2021 : le Centre culturel La Vénerie organise trois concerts successifs du musicien Quentin Dujardin. Nous sommes en plein confinement et le gouvernement interdit l’ouverture des lieux culturels, tout en autorisant les lieux de cultes de rassembler quinze personnes. Si le triple set s’est déroulé sans encombre, l’action pose toutefois question au regard de ce que l’on appelle « les droits culturels » et leur place depuis le début de la crise.

Introduction

12 mars 2021 : Quentin Dujardin, acte deux. Dès le début du premier des trois concerts programmés, c’est tout un parterre qui frémit sur des notes aux consonances lointaines, chargées de désirs et investies d’une signification toute particulière. En effet, depuis plusieurs mois maintenant, toute représentation devant un public (non professionnel) dans une salle est interdite. À l’instar d’autres comme le secteur HORECA, la Culture est mise au coin et les droits culturels confisqués. Ce jour-là, chaque personne risque des poursuites pénales, une amende, ou de terminer la soirée au commissariat de police. Et pourtant, la justesse des notes rejoint celle de l’acte. Que signifie-t-il au regard des droits culturels ?

Une épopée artistique et institutionnelle

C’était en février, le jour de la Saint-Valentin, que Quentin Dujardin tirait la première flèche en plein milieu de la cible à l’église de Crupet. Constatant qu’un culte pouvait accueillir quinze personnes en intérieur, quelle différence entre un officier cultuel et un officier culturel ? C’est donc avec son bon sens et sa guitare qu’il tente un geste symbolique. Il sera interrompu par la police après son premier morceau. Le malaise se lit sur certains visages, chacun·e dans sa fonction semble interrogé·e par cette situation ubuesque, que l’on soit citoyen·ne, policier·ère, représentant·e d’ici et d’ailleurs (voir l’article suivant). S’ensuit une procédure juridique rapidement éteinte par le classement du dossier sans suite avec un simple rappel à l’ordre (voir l’article suivant). L’artiste se sent infantilisé. La ministre Annelies Verlinden enfonce encore légèrement le clou en déclarant que la liberté d’expression artistique ne serait pas englobée par la liberté d’expression (voir l’article suivant). Cela encourage Quentin Dujardin à poursuivre.

Prochaine étape : jouer dans des institutions culturelles, trop silencieuses selon lui. L’artiste contacte une dizaine de lieux avant de trouver une structure qui osera poser un acte fondamental : ouvrir sa salle pour poser le débat. Car s’il y a bien quelque chose qui est refusé au monde culturel dans son ensemble depuis plusieurs mois, c’est la possibilité de se questionner sur le sens de son existence en temps de crise. Tombé dans le dossier « Indifférence » du gouvernement fédéral, la détresse psychologique engendrée ne se vit pas qu’au niveau individuel chez celles et ceux qui incarnent le secteur, elle transcende également le plan structurel.

L’équipe de direction de La Vénerie met en débat le conseil d’administration et l’équipe. On prend le temps, malgré l’urgence. Une rencontre avec Quentin est organisée et est le fruit d’un débat vivant au sein de l’équipe, où les opinions divergentes prennent le temps d’exister. Le débat est tout aussi animé au sein du conseil d’administration. Finalement, sentant l’adhésion majoritaire, la direction de La Vénerie donne le feu vert pour organiser les concerts vingt-quatre heures avant le lancement.

Le temps de mettre tout en place au niveau des règles sanitaires, de discuter des modalités de remplissage (pour favoriser un accès tant aux habitant·es venu·es soutenir leur Centre culturel que le monde associatif ou politique), de fignoler l’accueil et la gestion sur place (une société boitsfortoise privée d’encadrement d’évènements proposera de gérer gratuitement d’éventuels débordements pour soutenir l’action), l’artiste débarque avec sa guitare et se lance, non sans émotion sur trois concerts. Dans un déroulement raisonné et raisonnable, la nuit s’installe avant le couvre-feu. Et pour une fois, les seul·es qui ne débarquèrent pas, ce furent les forces de l’ordre.

Les droits culturels mis en lumière

« Nous avons tous des droits, parmi ceux-ci il y a les « droits culturels ». Exercer ses droits culturels permet à chaque personne de voir et imaginer le monde et de mieux agir sur lui. En Belgique, ce sont entre autres les Centres culturels subventionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui travaillent pour contribuer à un meilleur exercice des droits culturels de toutes et tous. » – Site de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Cet extrait, issu du site de la Fédération Wallonie-Bruxelles, rentre en parfait contraste avec la situation d’interdiction que subissent les droits culturels en Belgique lors de ce confinement. Lors de la première vague, une réponse rapide était nécessaire et il s’agissait bien de rassembler la population autour d’un effort collectif pour préserver le secteur de la santé, frappé de plein fouet par les cas COVID en escalade. Lors de cette première moitié de 2021, nous avons vécu trois vagues, plusieurs méthodes de confinement, des changements de protocoles très nombreux et vivons sous le régime de la trentaine des fameux « arrêtés COVID ».

D’une manière plus intime, nous nous sentons chacun·e, jusque dans nos sphères familiales, affecté·es de manière unique sur nos valeurs, nos choix et notre respect de la « norme sanitaire ». Plus le temps passe, plus les incohérences de certaines mesures nous irritent, nous blessent profondément : comment comprendre, par exemple, qu’un artiste ait pu se produire entre les rayons frais et les conserves dans un supermarché où plusieurs personnes se succèdent, alors que les salles de spectacles demeurent portes closes ? Comment agréer la légitimité d’une mesure qui autorise les citoyen·nes à recevoir au jardin, mais interdisait les toilettes, et en parallèle limitait fortement les contacts en extérieur, au mépris de nombre de foyers n’ayant aucun espace ouvert ? Comment ne pas comprendre le malaise que vit la jeunesse, prise entre une école où l’espace s’est vécu de façon orthogonale, et les activités extra où il·elles doivent voiler leurs émotions d’un masque de papier, quand elles peuvent avoir lieu ?

Au final, il ne s’agit là que d’endroits où habituellement se produisent, se construisent et se vivent les droits culturels. Le gouvernement, par l’amoindrissement transversal de tous les pans de notre vie spontanée (aller au restaurant, au cinéma, au théâtre, en famille, sur la place du village, etc.) a opéré en réalité une éclipse totale sur les droits culturels, sur la liberté d’expression et la liberté d’opinion, le tout sans processus démocratique identifiable. Car à l’heure des évènements de cet article, aucun débat public dans une instance démocratique n’a encore porté ses fruits sur le sujet. À ce titre, si les Centres culturels subventionnés doivent travailler à ce que chacun·e puisse exercer au mieux ses droits culturels, on comprend aisément que l’acte deux de Quentin Dujardin touche au cœur de notre métier. Nous devions ouvrir ce débat. Car il s’agit bien de cela : le postulat de base de la pratique des droits culturels est d’avoir, en tout temps, un espace de délibérations et d’expression sur nos vies. Le débat ouvert en interne était l’expression pure et simple de mise en pratique des droits culturels. Et c’était vivant !

La responsabilité et ses limites

Si l’aspect douteux au niveau démocratique est bien évident, une autre facette de la pratique des droits culturels ne l’est pas pour autant. En tant qu’opérateur·ice culturel·le subsidié·e, une question traverse notre pratique de façon incessante : à partir de quel moment pouvons-nous remettre en cause ce même pouvoir qui nous finance ? Dans les Centres culturels, la question est loin d’être simple et s’aborde de façon tridimensionnelle.

De façon structurelle d’abord, les conseils d’administration sont composés à la fois de représentant·es privé·es (particulier·ères ou associations) et de mandataires publics (élu·es communaux·les et fonctionnaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles), selon les articles 85 et 86 du Décret du 21 novembre 2013 relatif aux Centres culturels. Si ce bicaméralisme, dans son ambition initiale, souhaite rassembler autour de la table un large panel de la société civile et politique, il peut parfois faire preuve de blocage. Il est difficile d’ignorer les pressions « de ne pas accepter l’évènement » qu’ont pu vivre d’autres institutions devant la proposition de cet acte deux qui induisait une illégalité de facto. Car le jeu politique qui se joue entre les niveaux fédérés et fédéral risque de produire un effet « miroir » dans les hémicycles culturels, pour le meilleur comme pour le pire.

De manière institutionnelle ensuite, les subsides pour l’emploi et le fonctionnement d’un Centre proviennent majoritairement des institutions communautaires (FWB, COCOF, etc.) et communales. Ce sont également ces mêmes services qui participent à circonscrire l’action, via l’application des protocoles dans tous les pans de la vie sociale. En toute légitimité, on peut dès lors s’attendre à ce qu’un organisme majoritairement entretenu par ces institutions s’attelle à faire respecter à la lettre les règles d’interdiction. Mais rien n’est plus trompeur. Un Centre culturel est avant tout là pour faire vivre l’esprit d’un décret, qui stipule notamment en son article deux : « L’action des Centres culturels contribue à l’exercice du droit à la culture et plus largement, à l’exercice de l’ensemble des droits culturels par tous et pour tous dans le respect de l’ensemble des droits humains ». Bien sûr, un centre ne doit pas faire obstruction à l’encontre des règles de l’ordre public. Mais parce qu’il doit garantir l’exercice de l’ensemble des droits culturels en tant que droits humains, il doit permettre en tout temps le débat et le partage qui y sont liés. Il est de sa responsabilité sociétale d’organiser la réflexion là où elle doit se passer et se vivre. On notera le conflit immédiat entre cette position et l’absence de débat sur le secteur au niveau fédéral à l’époque.

Un dernier aspect de la responsabilité se loge au sein même de l’équipe du Centre. En tant que professionnel·les du terrain, nous sommes tous les jours questionné·es sur les limites que peut avoir notre action en temps de pandémie. Devons-nous « montrer l’exemple » en appliquant le discours officiel, ou devons-nous oser poser la question de l’alternative ? L’acte deux présenté à La Vénerie a directement remis chaque membre de l’équipe face à ses propres conceptions de la crise. Elle a chamboulé notre réflexion, notre engagement et notre capacité à utiliser notre métier comme vecteur de changement. Elle a appuyé une question pressante : quelle responsabilité ai-je envers l’autre ? Et inutile de croire que nous sommes les seul·es, bien d’autres avant nous se sont déjà repositionné·es et d’autres continuent à le faire. Mais nous, avec notre double casquette de citoyen·nes et de professionnel·les de la culture, ou plutôt comme garant·es de l’application de droits culturels, avec nos outils, nos connaissances et méthodes, comment décidons-nous d’agir ?

Une incarnation des droits culturels

Les trois concerts illégaux de Quentin Dujardin à La Vénerie, c’est une possibilité d’incarnation des droits culturels. Et les déclinaisons sont nombreuses.

Sur le fond, l’évènement a permis un questionnement multidimensionnel sur la manière dont nous devions répondre, organiser et vivre les droits culturels le vendredi 12 mars. Nous avons formulé en équipe une réponse et laissé chacun·e jauger de sa propre implication. On pourrait ainsi classer les positionnements en trois catégories : le refus de l’évènement, le soutien sans participation, et le soutien avec participation. Conscient·es de cette fameuse double casquette (citoyen·ne et professionnel·le), il nous apparaissait essentiel que chacun·e puisse articuler ces deux identités pour se situer. Il s’agissait de mettre un débat à sa juste place, sans forcer. Nous n’aurions par ailleurs pas réalisé l’évènement si nous ne sentions pas une majeure partie de l’équipe favorable à celui-ci. Cela n’aurait été ni fidèle ni juste par rapport aux forces vives. Au final, outre un soutien majoritaire de l’équipe, sur dix-neuf, huit membres du personnel ont préparé et/ou géré l’évènement sur place.

En parallèle, nous avons pu assister à des engagements multiples de la société civile et politique sur place : un ancien vice-recteur d’université, des membres de fédérations de Centres culturels (Association des Centres Culturels et La Concertation), des membres du conseil d’administration de La Vénerie, des élu·es politiques locaux·les, un député fédéral, d’ancien·nes directeur·ices du Centre culturel, ainsi que de nombreux·ses citoyen·nes. Par la suite la ministre de la Culture saluera dans la presse la façon responsable dont La Vénerie avait réussi à faire entendre et défendre les droits culturels(voir l’article de Charline Cauchie « Réouverture de la culture en Europe : où en est-on ? »). Et comment ne pas mentionner les polices, zonale et fédérale qui à aucun moment ne sont intervenues ? S’agit-il là d’un aveu, d’un oubli, d’une ignorance, d’une prise de conscience ou d’une question de priorités ? Le pouvoir judiciaire demeure jusqu’à ce jour muet sur la question.

Sur la forme, les trois concerts se sont déroulés de manière raisonnable et raisonnée. Les règles de l’ordre public sanitaire ont été scrupuleusement respectées (distance physique, masque et gel, absence d’attroupements). La symbolique est forte : pourquoi ne pas faire confiance aux opérateur·ices subsidié·es, ou en capacité de se comporter comme tel·les, c’est-à-dire des professionnel·les ? Le manque de confiance est à la hauteur des incohérences que subit notre vie culturelle aujourd’hui. Et là encore, les droits culturels s’illustrent de façon admirable : nous démontrons par nous-mêmes, par une attitude citoyenne et réfléchie, qu’une alternative est possible. Face à un discours infantilisant, nous faisons nos preuves une énième fois. En fin de compte, l’illégalité de notre incarnation des droits culturels ne revêt qu’un caractère mineur. Car au regard de ces droits, l’action est juste. Nous accomplissons notre mission de Centre culturel, en plein milieu de la cible.

Les droits culturels : quel rôle dans les crises ?

Notre explication a montré que la gestion de crise actuelle du COVID n’intègre en rien les droits culturels. Or, le postulat d’existence de ces droits dans les droits humains, inaliénables par définition (consacrés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme), leur donne un caractère intemporel et inexorable. Si leur pratique peut être plus cadrée selon la crise, on ne peut pas pour autant agir comme s’ils n’existent pas.

À l’heure des évènements de cet article, les gouvernements en Belgique semblent pourtant partis sur cette voie de l’indifférence. Et les conséquences de cette grossière erreur sont déjà visibles. Le manque d’adhésion croissant de la population aux règles (voir l’article suivant), la hausse de consultations chez les psychologues liés à l’épuisement pandémique (voire l’article suivant), des groupes de jeunes qui occupent les parcs en grand nombre (la Boum), les soirées dites « clandestines » n’en sont que quelques exemples. L’expression culturelle muselée, la catharsis qui y est liée ne peut plus se produire sur ses scènes habituelles. C’est donc chez soi qu’elle rumine. Et tant le·a citoyen·ne lambda tant le·a responsable politique en seront ou en sont déjà les victimes. Car à un moment ou un autre elle pourrait ressortir à vif. Et il ne faudrait pas que cela devienne un privilège, la fracture n’en serait que plus abyssale et potentiellement violente.

Ne devrions-nous donc pas plutôt considérer les droits culturels, au même titre que d’autres outils, comme un moyen adapté de gérer une crise ? Le temps de la réaction passé, il apparait aujourd’hui évident que la privation de ces droits ressemble de plus en plus à un acharnement thérapeutique arbitraire (sic) plus qu’à une vraie mesure de containment visant à éviter une montée de cas mathématique qui serait directement liée aux « réouvertures ». La présence plus qu’insuffisante de représentant·es socio-culturel·les dans les instances de conseil ou de décision au niveau des gouvernements illustre de nouveau tout le problème : aurait-on pu vivre une gestion de crise plus apaisée, avec une société plus paisible, si notre secteur avait été convié directement aux discussions ? Nous avons à cœur de le penser.

À l’heure où nous clôturons cet article, les secteurs de la culture et de l’horeca ont pu sensiblement rouvrir et l’on parle déjà de nouvelles discriminations comme le Covid Safe Ticket. Il semble qu’à nouveau, un carcan est en train de se resserrer autour des lieux de culture. Plus qu’une imposition sur la manière de la faire et de la vivre, c’est à présent son accès, droit fondamental inaliénable, que l’on tente de limiter, instaurant ainsi une ligne de fracture entre les « bon·nes » et les « mauvais·es » citoyen·nes. Rentrons-nous dans une période où le degré d’obéissance déterminera la liberté de parole et de partage ? Pour paraphraser Hannah Arendt, le danger n’est pas tellement la manipulation et le mensonge, mais plutôt sa résultante. À l’aide d’une pléthore de moyens contestables et mal adaptés comme le Covid Safe Ticket (pour ne citer qu’un exemple), le seul réflexe qu’il nous reste serait la résignation, insipide et incolore.

Nous nous devons de rester des lieux de pensée, d’ouverture et de partage des opinions. En aucun cas des lieux d’exclusion. Résister pas juste pour désobéir. Résister pour mieux renvoyer l’incohérence et l’inhumanité. Entre la réflexion et l’action, on ne mesure que son courage.

Virginie Cordier, directrice de La Vénerie

Thibault Janmart, adjoint à la direction de La Vénerie

Droits culturels dans les centres culturels (Article)

Quand on évoque l’importance des droits culturels, on vise en premier lieu ceux des publics. Mais qu’en est-il des droits culturels des travailleur·ses du secteur, et notamment de ceux et celles qui officient dans les centres culturels ? Comment la logique émancipatrice à l’origine des droits culturels peut-elle et doit-elle s’appliquer aussi à celles et à ceux qui les promeuvent ?

  • Des droits à construire ensemble
  • Une participation « ascendante »
  • Les droits culturels, un outil collectif ?

… La suite à lire ICI !


>>> Un article de Morgane Degrijse, coordinatrice de la Plateforme d’observation des droits culturels (Culture & Démocratie), à découvrir en intégralité dans le n°117 de la revue Politique (septembre 2021) <<<


TRAVAIL CULTUREL, SERVICE ESSENTIEL
Un secteur professionnel sous pression

(N°117 · Sortie : septembre 2021 · 130 pages)

Après une série de confinements et de mesures sanitaires douloureuses, le secteur culturel ressort secoué, chancelant… mais aussi prêt à en découdre. Non-essentielle la culture ? Vraiment ?

Tout au long de la crise démarrée par le covid19, les travailleur·euses de la culture ont pu sentir tout le poids de la hiérarchisation sectorielle établie implicitement par le pouvoir politique. Alors que les activités commerciales et industrielles obtenaient des aménagements ou qu’un débat public d’importance s’ouvrait par exemple pour la réouverture des salons de coiffure, les lieux culturels ont été mis de côté. Après tout, la culture n’est pas essentielle ! S’inscrivant en faux devant cette conception – peu scientifique et très idéologique – des besoins premiers de la société et des citoyen·nes, les travailleur·euses de la culture ont riposté en s’organisant, se fédérant et bravant quelques interdits ; une réforme du statut de l’artiste a été lancée ; syndicats et partis de gauche se repositionnent vis à vis d’un secteur en pleine mutation…

Un dossier coordonné par Luca Ciccia, Roland de Bodt, Morgane Degrijse, Jean-Paul Gailly et Thibault Scohier.

Les droits culturels, qu’est-ce que c’est ?

Une capsule vidéo de 2’30 réalisée par l’Astrac (le Réseau des professionnel·les en Centres culturels de la Fédération Wallonie-Bruxelles) et l’ACC (Association des Centres culturels) en 2019 afin de mieux comprendre les droits culturels.

▶ Dans la lignée de la vidéo « Qu’est-ce qu’un centre culturel » (2016) et du Guide des centres culturels (2017)